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12 juin 2021 6 12 /06 /juin /2021 11:05


Le 11 juin 2021, a eu lieu un évènement intitulé « Unir nos forces contre le travail des enfants », organisé par l’OIT et le Gouvernement français à l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des Enfants (aujourd'hui 12 juin). En raison de l’urgence sanitaire planétaire, cet évènement s’est tenu sous la forme d’un séminaire en ligne de 10:00 à 12:30 CEST (Central European Summer Time)- heure de Paris.

 

Les estimations publiées à l’occasion de cette journée mondiale par le BIT et l’UNICEF nous rappellent que le travail des enfants sévit encore dans le monde. Quelles en sont les réalités? Quel a été l’impact de la pandémie de Covid-19 ? Par quels moyens combattre le travail des enfants et venir à bout de ses pires formes d’ici 2025 comme s’y sont engagées les Nations-Unies ? Ces questions ont été débattues lors de cet événement international auquel ont pris part des personnalités issues des pouvoirs publics, des entreprises, des organisations professionnelles et syndicales, des ONG. Des acteurs de premier plan ont témoigné des réponses concrètes mises en œuvre dans trois pays pionniers de l’Alliance 8.7: Madagascar, Côte d’Ivoire, Maroc. L’importance des nouvelles opportunités de collaboration a été soulignée, en ayant mis en avant l’engagement du gouvernement français et des entreprises françaises dans l’Alliance 8.7 et la plateforme de l’OIT sur le travail des enfants.

Parmi les 16 intervenants de haut niveau à ce séminaire en ligne, citons :

Guy Ryder, Directeur Général de l’OIT ; Elisabeth Borne, Ministre français du Travail ; Mialy Rajoelina, Première Dame de Madagascar ; Adrien Taquet, Secrétaire d’État français auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, chargé de l’Enfance et des Familles.

Ci-après, la transcription de l’intégralité de l’intervention de la Première Dame de Madagascar :

« Monsieur le Directeur général de l’Organisation Internationale du Travail,

Madame la Ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion,

Mesdames et Messieurs,

Chers Participants.

Comme nous le savons, le covid a impacté le monde. En prenant la mesure du choc économique généré par la crise sanitaire, nous reconnaissons ensemble, ici, en cette Journée mondiale contre le travail des Enfants, l’urgence de la situation.

Je prends la parole, aujourd’hui, pour porter les voix des enfants de mon pays Madagascar.

Madagascar n’a pas été épargné par la pandémie. Même si le pays n’accepte pas de mettre ses enfants et leur avenir en péril, ce fléau a une incidence très grave sur les populations déjà fragilisées.

Cette année 2021 a été déclarée par l’Assemblée générale des Nations-Unies, « Année internationale de l’élimination du travail des Enfants ». J’aimerai vous parler d’une petite fille de 11 ans, Saholy.

Saholy, 11 ans, travaillait comme domestique à des centaines de kilomètres de chez elle, pour subvenir aux besoins financiers de sa famille.

Saholy, 11 ans, violée par son employeur, pendant son sommeil.

Saholy, petite fille de 11 ans, qui a subi les sévices sexuels, psychologiques, physiques, en prenant la responsabilité financière des adultes, de ses parents, de notre société.

Il était de notre responsabilité à tous de prendre soin d’elle, de son innocence, pour qu’elle vive l’insouciance de son âge.

Dix ans ont passé depuis que j’ai rencontré Saholy. Combien de Saholy survivent dans le monde, particulièrement à Madagascar ? Parfois, je suis découragée par les chiffres : plus de 152 millions d’enfants de par le monde, dont la plus grande proportion se situe en Afrique subsaharienne, sont encore touchés et astreints à des travaux dangereux.

Plus inquiétant encore : le Bureau international du Travail estime que près de 22.000 enfants sont tués au travail chaque année. C’est un signal d’alarme que nous ne pouvons ignorer. En raison d’une pauvreté extrême, des millions d’enfants quittent l’école et travaillent pour combler le manque de revenus.

Pour des millions d’enfants, le risque d’exploitation, voire d’esclavage, est réel.

Parfois oui ; oui, je suis vraiment découragée par ces constats. Alors, pour me redonner de l’espoir, je tourne mon regard sur tout ce qui a été fait. Et pour cela, je tiens à remercier l’Organisation Internationale du Travail qui, depuis 100 ans, n’a de cesse de s’engager dans la lutte contre le travail des Enfants.

En 2020, après sa ratification par les pays signataires, la Convention n°182 de l’OIT sur les pires formes de travail des Enfants, est désormais d’application universelle. Elle oblige les états-membres à réaliser, en priorité, des programmes d’actions afin d’éliminer les pires formes de travail des Enfants.

Grâce aux efforts fournis par la Communauté internationale, les gouvernements et tous les acteurs concernés, le travail des enfants a baissé de 38% ces dix dernières années. Ce qui correspond à près de 100 millions d’enfants qui ont retrouvé leur dignité.

« AGIR MAINTENANT ; METTRE FIN AU TRAVAIL DES ENFANTS » est le thème de cette année 2021. Un sujet fort qui appelle à l’action ; qui demande à s’engager davantage dans cette lutte.

Madagascar s’est investi dans cette voie, avec les différentes forces vives de la Nation, les organes étatiques, sociétés civiles, partenaires technique et financiers. La ratification de la Convention n°138, qui exige un âge minimum à l’emploi, a donné lieu à une alliance qui engage les parties prenantes, privées comme publiques, à coopérer pour trouver des solutions à ce fléau.

Pour répondre efficacement à ces nouveaux défis, notre pays a inscrit la lutte contre le travail des Enfants au rang de ses priorités nationales. Cette cause, pour un emploi décent pour tous, figure dans l’Objectif n°6 du Plan d’Émergence de Madagascar. Elle a engendré un plan d’actions national de lutte contre le travail des Enfants dans les mines de mica. Une démarche similaire est envisagée dans le secteur de la vanille.

Des mesures d’accompagnement sont mises en place pour que les dispositifs de protection des droits de l’Enfant soient opérationnels, tel que le Comité national de lutte contre le travail des Enfants et ses antennes régionales. Des conventions ont été ratifiées ; des textes ont été promulgués ; des actions ont été faites. Mais les résultats sont encore loin de ceux escomptés.

22,1% d’enfants malagasy sont privés de leur enfance, de leurs potentiels, de leur dignité. Ils sont dans la rue, dans les champs, dans les mines, dans des carrières. Prostitués ou abusés par des prédateurs, comme notre petite Saholy.

L’école n’est malheureusement pas une priorité pour les parents défavorisés. C’est pourquoi, depuis 2020, l’inscription dans les écoles publiques de Madagascar, est devenue gratuite, donnant ainsi l’accès à l’instruction aux plus démunis. La construction aux normes d’écoles publiques dans les 119 districts est, à ce jour, à un stade avancé.

Le soutien aux plus défavorisés et l’éradication de la pauvreté sont notre priorité. Cependant, la situation de Madagascar reste complexe. Je suis effrayée de constater que la situation du travail des Enfants n’évolue pas assez vite. Des us et coutumes, certaines croyances et traditions archaïques, cercles vicieux transmis de générations en générations, pèsent entre trop sur l’éducation des Enfants et, surtout, sur les petites filles.

Dans plusieurs régions de Madagascar, les familles sont composées d’au moins six (06) enfants. Ces cellules familiales sont souvent à la charge unique de la mère, car le père a, fréquemment, délaissé le foyer. Le planning familial s’active sur le terrain pour sensibiliser les femmes comme les hommes au nombre des naissances qui peuvent impacter leur avenir et celui de leurs enfants.

En nous apportant leur expertise en matière de prévention, certains organismes ont pris en charge le suivi médical de la Mère et de l’Enfant. D’autres actions sont menées dans le cadre du projet « Avotse » qui œuvre vers les plus vulnérables du Sud de Madagascar, victimes de la sècheresse et de malnutrition.

Vingt villages seront prochainement dotés d’activités génératrices de revenus. Principalement dans les activités agricoles. Des cantines scolaires gratuites encouragent déjà les parents à scolariser leurs enfants, afin de les nourrir dignement plutôt que de les faire travailler. C’est une belle initiative qui ne peut s’arrêter là. J’aspire sincèrement à la voir se développer dans tout le pays.

De la même manière, l’association Fitia s’active aussi à la construction d’une usine agro-alimentaire qui va donner majoritairement des emplois aux femmes, aux mères, pour que leurs enfants soient scolarisés. Cette usine va fabriquer des produits nutritionnels qui seront distribués gratuitement dans les écoles. Les études sur le terrain démontrent que la seule manière d’éradiquer le travail des Enfants, est de sensibiliser les parents, de les éduquer, de communiquer avec eux de façon pédagogique.

Il faut démontrer activement aux parents, mais aussi aux chefs de tribus, aux employeurs potentiels, à tous les adultes, que la protection des Enfants et de leur innocence est une responsabilité partagée. L’instruction des Enfants et des parents, est l’une des clés pour sortir de la pauvreté.

Certes, ce combat demande du temps. Mais nous devons agir maintenant et multiplier nos actions dès à présent. Ce n’est pas le moment de nous démobiliser, même si les conséquences de la situation sanitaire rendent la tâche plus problématique.

Je terminerai, ici, en m’adressant aux pays membres de l’Alliance 8.7 : poursuivons nos efforts pour la protection des Enfants. Ensemble nous pouvons atteindre notre objectif commun : Éliminer le travail des Enfants d’ici 2025. Soyons des artisans d’un monde où les Enfants pourront librement étudier, se divertir, et grandir dans un environnement exempt de souffrances et de contraintes.

J’aimerai remercier tout particulièrement le Gouvernement français pour l’accueil de cet évènement ; pour son Leadership ; ses efforts dans le cadre du partenariat mondial de l’Alliance 8.7 ; pour la lutte contre le travail forcé, l’esclavage moderne, la traite des êtres humains et le travail des Enfants.

Toutes mes pensées vont à Saholy pour son témoignage qui nous permet de prendre conscience de la réalité du travail des Enfants. J’aimerai lui transmettre, ainsi qu’à tous les Enfants de mon pays et du monde, cette phrase qui rappelle aux adultes la Bienveillance : « Mon corps est à moi, il n’est pas à toi. De la tête aux pieds, tu me dois le respect ».

Je vous remercie de votre attention »./.

Mialy R. RAJOELINA

Première Dame de Madagascar

Transcription : Jeannot Ramambazafy

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